Réflexions

Le plan du bâtiment


Personne ne connaît mieux les process, les rôles et les fiches de poste qu'une DRH. C'est justement ce que l'IA est en train de redessiner, et souvent sans la fonction RH. Voici pourquoi c'est à elle de continuer à tenir le plan.

Escalier en béton brut vu en contre-plongée, jeu d'ombre et de lumière rasante sur un coffrage bois, architecture épurée

En bref. L'IA redessine les fiches de poste, les rôles et les responsabilités sans que la fonction RH soit à la table. Une entreprise sur deux seulement considère sa DRH comme partenaire ou décisionnaire sur la gouvernance de ses projets IA. Trois raisons de l'y installer : le siège de la décision reste vide, les compétences des juniors s'usent en silence, le métier de manager est celui qui changera le plus.

Personne ne connaît mieux les process, les rôles et les fiches de poste qu'une DRH. C'est son métier (parmi d'autres éléments clés) : décrire qui fait quoi, où une tâche commence, où elle s'arrête, quelles sont les responsabilités de chacun. En ce moment, l'IA redessine cette cartographie sans prévenir personne : une tâche change de main, un rôle se dédouble du fait de son intégration dans les process, souvent sans cadrage amont de son impact sur les humains. Une fiche de poste rédigée il y a six mois ne dit déjà plus ce que fait vraiment la personne qui l'occupe ni de quoi elle reste responsable.

Pourquoi la fonction RH se croit-elle épargnée ?

Face à ça, la fonction RH reste étonnamment positive. 64 % des professionnels RH pensent que les entreprises vont utiliser l'IA pour réduire leurs effectifs RH. A peine 16 % pensent que ça arrivera dans la leur.

C'est un chiffre du dernier baromètre "Parlons RH" sur l'IA dans les RH, et il porte un titre parfait pour le résumer : « L'enfer IA, c'est chez les autres. » Le danger, on le voit toujours arriver chez le voisin, même quand il est déjà en train de redessiner sa propre carte. Dans ce même baromètre, Guillaume Vigneron, dirigeant de la Super Agence, va droit au but : «La fonction RH devrait être au centre de la transformation IA. Elle ne l'est presque jamais.» Il a raison. Et voici pourquoi elle doit tenir une place de choix à la table de la transformation IA.

Qui décide aujourd'hui de la gouvernance IA ?

D'abord parce que les sièges ne sont pas vraiment attribués, et que tout le monde ne pense pas à la RH. Le baromètre est net là-dessus : une entreprise sur deux seulement considère la DRH comme partenaire ou décisionnaire sur la gouvernance de ses projets IA. L'Observatoire IA responsable de KPMG raconte la même histoire côté terrain : 47 % des salariés français déclarent utiliser l'IA générative au travail, mais seulement 10 % des entreprises ont une charte ou un comité pour encadrer ces usages. En septembre 2025, le tribunal judiciaire de Paris a suspendu le déploiement d'un outil d'IA générative faute de consultation du CSE. Ce n'est pas une hypothèse juridique, c'est déjà arrivé. Le siège de la transformation IA est vide et attend que quelqu'un se sente légitime pour s'y asseoir.

Quelles compétences s'usent sans qu'on le voie ?

Ensuite parce qu'elle est la seule à regarder ce qui s'use vraiment. Le même baromètre montre que les RH voient l'IA profiter d'abord aux juniors : 51 % jugent leur poste renforcé. Sur le seul secteur informatique, où l'exposition à l'IA est la plus forte, l'INSEE observe pourtant un recul de 7,4 % en un an de l'emploi des 15-29 ans, plus marqué que pour le reste du secteur marchand. L'Institut reste prudent sur la cause exacte, mais le réflexe qui consiste à juger la situation meilleure chez soi qu'ailleurs revient ici. Ce que je sais, moi, après vingt-sept ans à accompagner des managers : un junior qui ne touche jamais une tâche ne développe jamais le jugement qui va avec. Et le junior d'aujourd'hui, c'est l'expert de demain.

Le métier de manager va-t-il tenir ?

Enfin parce que sans elle, personne ne prépare le vrai choc. Les RH pensent les managers largement épargnés : 24 % n'anticipent aucun impact sur leur poste, 45 % les voient seulement « augmentés ». Le baromètre cite pourtant une étude Anthropic sur le sujet : environ 90 % des tâches d'un manager seraient déjà remplaçables par l'IA générative. 15 % seulement le sont aujourd'hui. Le manager doit réinventer sa fonction, se concentrer sur d'autres tâches : sa fiche de poste et ses compétences vont nécessairement évoluer.

Qui tient le plan ?

Le plan du bâtiment existe dans les tiroirs de la DRH : les process, les rôles, les compétences qu'il faudra préserver. Autant qu'elle continue à le dessiner elle-même, en intégrant l'IA, plutôt que de le découvrir un jour imaginé par quelqu'un qui n'aura pas pris en compte les fondations.

Sources


HumaIA · La Ciotat, Provence-Alpes-Côte d’Azur

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